30 novembre 2009

Deardarkhead : Unlock the valves of feeling


Unlock the valves of feeling de Deardarkhead

Sortie : 1997
Produit par Ken Heitmueller et Jay Sorrentino
Label : Fertile Crescent

Il est bon de réentendre une musique pareille où le talent s'insinue dans toutes les notes.
Plus anglais qu'américain dans ses influences, Deardarkhead pratiquait un son qui rappelle la cold-wave de The Sound et Sad Lover and Giants, ou la pop arty de Cocteau Twins, notamment grâce à une ligne de basse splendide et dont le rôle mis en avant est de dessiner une structure sourde et féerique, chose plutôt inhabituelle pour un tel instrument mais qui était très en vogue dans les années 80. Autrement, les chansons sont toutes impeccables, luxueuses, éthérées et délicates, quelque part entre poésie volatile et noirceur discrète. Citons « Chrome Horse », aux guitares incisives et au rythme enlevé, « Never coming down » et son texte désabusé qui finit écrasé par les saturations ou encore « Star Machine » avec sa sécheresse émotionnelle. Une véritable merveille d'élégance, chaînon manquant entre For Against et Kitchens Of Distinction. Le manque de notoriété de cette formation peut s'apparenter à une honte et on se demande pourquoi l'Europe ne leur a pas fait un pont d'or.
Production brumeuse, voix douces et moites, guitares saturées, atmosphère évasive et torpeur charmeuse, cet album est une pure réussite, très maîtrisé, à l'orée duquel les groupes actuels feraient bien de prendre des leçons.
Mais ce qui envoûte le plus sur cet album, c'est le caractère tempétueux des guitares, brouillées tout en restant majestueuses. Le long instrumental qu’est « Echo » rend hommage à ce son particulier : une mélodie entêtante, répétitive, hypnotisant, alternant avec des passages saturées, va progressivement céder devant un solo ébouriffant de beauté céleste et irréel.
Alors qu’habituellement l’Amérique cherche à renouer avec ses racines terrestres (blues et country), les garçons de Deardarkhead jouent les filles de l’air et préfèrent s’évader, ce qui donne lieu à de grands espaces de liberté, au climat froid mais au charme fantasmagorique (le superbe « Sleep » ou le long « Through closed eyes »).
Finalement cette atmosphère semble tellement éloignée du concret, que ce n’est qu’avec plus d’étonnement qu’on cède sous le coup des chants ouatés, des guitares glacées et du tempo qui varie entre pauses carrées et envolés. Et il n’y a qu’avec la musique que l’ont peut créer ces mondes chimériques qui n’existent que lorsqu’on allume sa chaîne Hi-Fi, mais dont est persuadé de la réalité, à tel point qu’on peut s’en trouver émerveillé et ému, chose paradoxale lorsqu’on sait qu’il ne s’agit que de notes et de fréquences sonores.

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