1 janvier 2008

La féminité dans le shoegaze


Virgin Suicides

Chris Munin, la chanteuse flamboyante du groupe brésilien Old Magic Pallas

Une des particularités du mouvement shoegaze est d’avoir accordé une grande place aux femmes. Avant toute chose pour des histoires de couple : on peut citer Mike Mason et Louise Trehy de Swallow et les mariés David et Catherine Cooper, au sein de Alison’s Halo. A l’origine des Charlottes, il y a la petite amie de Graham. Selon Simon Scott, jeune batteur, plus tard avec Slowdive : « On a commencé à faire des jams et à produire notre propres chansons. Puis Graham est sorti avec Petra Roddis et elle est devenue notre chanteuse ». Jamais Slowdive n’aurait vu le jour si Rachel Goswell n’avait pas rencontré Neil Hastead au lycée. Au début de Lush, il y a eu l’aventure entre Chris et Miki. Même si ça n’a pas duré, ils sont restés toujours très proches. Plus tard, il y eu la relation avec Kevin McKillop de Moose, bien plus longue. Des histoires vécus passionnément, se confondant avec le travail, comme la romance entre Toni Halliday et le producteur Alan Moulder, ou la fusion entre Tim Gane et Laetitia Saddier au sein de Stereolab. Et ces associations ne sont pas protégées de l’impact de la vie du groupe. La légende veut  que l’enregistrement de l’album « Loveless » sonna le glas de la relation entre Bilinda Butcher et Kevin Shield. L’inverse fut vrai aussi : les affres du couple pouvaient rejaillir immanquablement sur la carrière et l’écriture. « Neil et moi avons rompu peu avant l’enregistrement de Pygmalion et ça a été dur de maintenir une bonne relation professionnelle. Il subsistait beaucoup d’aigreur et de larmes. Je dirai même que c’est à partir de Mojave 3 qu’on s’est vraiment séparé définitivement et que chacun a fait sa vie de son côté » se souvient Rachel Goswell.

Mais là où le mouvement tranche, c’est que ça va bien au-delà d’une simple présence physique, au chant par exemple. C’est sur la féminité en général qu’il décide de se baser, chose suffisamment rare pour le souligner.

Parfois, lorsqu’on ne veut pas trop s’embrouiller, on tranche : depuis les années 60, ce fut donc pop pour les filles, rock pour les garçons. Mais cette répartition des codes n’est pas quelque chose qui tient de la nature des uns ou des autres. Ce sont donc les courants, les styles et les époques qui sont les causes de cet étiquetage. Non pas qu’il n’y ait jamais eu de femmes dans l’indie pop auparavant, mais dans les années 80, on vit surtout apparaître des femmes au fort caractère, qui finalement eurent le mérite de montrer qu’elles savaient faire les mêmes conneries que les hommes. Pied de nez au sexisme et révolution, le devant de la scène indie pop appartenait à ces nanas, aux voix sucrées mais frondeurs. Dont celle des Primitives, formation fondamentale, emmené par l’ultra sexy (et ultra blonde) Tracy. Conciliant l'urgence des Ramones, les guitares crades des Jesus and Mary Chain et un sens de la mélodie digne des Buzzocks, le groupe de Coventry apportera un tourbillon de fraîcheur à la pop.
Et ils seront la pierre angulaire du mouvement "Blonde". Le terme vient du fait que les Darling Buds avaient l'habitude de signer leurs premiers singles "Blond 1" ou "Blond 2", histoire de se moquer des journalistes qui faisaient le rapprochement avec les Primitives, Transvision Vamps ou les Flamates. En effet, le dénominateur de tous ces groupes était qu'ils étaient constitués d'une chanteuse, souvent mordante, espiègle, et bien sûr blonde, habituées aux blousons de cuir et aux lunettes de soleil. Au service de la lutte contre la femme-cruche, l’éternelle groupie. Cependant, en se rendant d’un extrême à l’autre, s’est-on positionnée au niveau de la féminité ? Etre une rockeuse signifie-t-il forcément faire comme les rockeurs ?

Une sensibilité plus effacée et timide risquait donc d’être difficilement perçue. Et c’est ce qui arriva aux filles qui participèrent au mouvement shoegaze. Comment pouvaient-elles booster les ventes ?
Ce n’est pas leur attitude passive et leur chant à peine susurré, masqué par des couvertures de guitares, une hérésie, qui allaient changer la donne. On était loin des idoles punk. Sarah Shannon, la pétillante chanteuse de Velocity Girl, groupe pionnier du shoegaze américain, l’avoue bien volontiers : « En vérité, jouer en live a toujours été difficile pour moi. Je me sens vraiment exposée et pas très en sécurité. Avant, il me fallait pas mal de bières pour pouvoir y aller, et je n’ai plus envie de faire ça encore ».
On avait affaire ici à des filles plutôt fragiles, honnêtes et hésitantes. « Je ne suis pas timide au moment de monter sur scène, précise Bilinda Butcher, mais je suis timide lorsqu’il s’agit de chanter avec d’autres personnes dans la pièce. […] J’avais l’habitude d’aller au studio et de chanter par-dessus les mélodies qu’avait enregistrées Kevin, juste pour me relaxer. Kevin et l’ingénieur du son auraient aimé m’écouter sans que je le sache. J’étais toujours très nerveuse lorsqu’il s’agissait d’enregistrer et comme ma voix n’est pas très forte, je me place toujours près du micro. Tu peux tout entendre lorsque je suis nerveuse : j’ai un vibrato horrible, comme "Larry the lamb».

Refusant de prendre les devants et à la personnalité aussi discrète qu’introvertie, ces égéries ne constituaient que des déceptions. Lorsqu’on demandait à Bilinda Butcher pourquoi elle parlait si peu en interview, elle répondait calmement : « parce que Kevin trouvait toujours le mot juste et que je n’avais rien à ajouter ».  Quant à Rachel Goswell, impossible de lire la moindre interview à l’époque de Slowdive. Une question d’incompatibilité avec les clichés exigés en pareil cas : « Le musicien shoegaze était du genre introverti, sensible, avec un côté intellectuel, décrit Miki Berenyi de Lush. Virtuellement, chaque groupe avait une femme dans son groupe qui n’a pas été recruté pour montrer ses seins à l’air. Cela n’était pas vraiment compatible avec la presse musicale, principalement dirigée par des hommes, qui bien que pas vraiment virils eux-mêmes, se considéraient pourtant comme des voyous rebelles, qui ne font que boire, se droguer et se taper des belles filles. Le shoegaze ne remplissait pas ce fantasme » .

On pourrait croire que Elizabeth Fraser, voix éthérée du mouvement gothique dans les années 80, avait ouvert la voie, mais c’est faux. Si les Cocteau Twins sont parfois rangés parmi le shoegaze, cela tient plus d’une confusion que d’une véritable paternité musicale. En 1983, alors que le groupe voit son bassiste partir, Robin Guthrie décide pour un temps de s’en passer, faute de moyens. Cette absence l’obligera à privilégier avant tout le talent des deux membres restants, à savoir Elisabeth Frazer et lui-même. Celle-ci accentuera son chant lyrique, se drapant d’esthétisme gothique. Sauf que n’étant pas un virtuose de la guitare, Robin Guthrie préférera se doter d’un mur du son dissonant et majestueux. Le résultat, sur seulement trois chansons de l’album « Head Over Heel » sema la confusion. Par la suite, le bassiste Simon Raymonde ajoutera plus de cohésion à l’ensemble et le groupe reviendra à une identité complètement détachée du shoegaze. L’association ne repose sur rien de concret, les styles étant bien distincts, même si l’attitude statique d’Elisabeth Frazer pouvait être évocatrice. D’ailleurs les enjeux ne sont pas identiques : le style des Cocteau Twins est glacé et artificiel, celui du shoegaze est torturé et bouillonnant. En effet, quand bien même Liz Frazer partage cette timidité parfois maladive, qui en faisait une personne secrète, voire trop intellectuelle pour le public, elle joue sur un terrain de jeux fantasmagorique. Cette diva envoûtante aux robes satinées et aux cheveux de jais, ne peut pas servir de modèles, elle est plutôt une égérie intouchable et artificielle, tandis que les filles du shoegaze touchent des points qui ne font pas appel à l’idolâtrie. Filles authentiques, à peine sorties de l’adolescence (comme Sara, la petite sœur de Smashing Orange, engagée pour les voix, ce qui causa des problèmes, les mineurs n’ayant pas le droit de toucher de l’argent en Angleterre), noyées dans ce monde complètement fou. Elles agissent comme un effet tampon. Elles permettent de transformer un bruit assourdissant en quelque chose de gracieux.
Il n’y a nullement l’intention de se mettre en avant, de jouer un rôle de séduction, de devoir se justifier aux yeux des gens une quelconque féminité, ce qui conduirait fatalement à tomber dans les images pré-conçues et à parodier cette image. C’est ce que veut éviter Miki Berenyi : « Je pense qu’il devrait y avoir plus de groupes au sein desquels les femmes ne devraient pas se sentir obligées de montrer leurs corps ou de miser sur leurs formes pour se promouvoir ».

 Ces filles-là n’étaient ni plus ni moins que des filles sincères, qui goûtaient comme les autres aux plaisirs, pour apprendre à connaître les autres, à vivre de leur passion. Une curiosité bien éloignée de l’attente qu’on réserve d’habitude aux filles, comme le prouve Emma Anderson, l’autre chanteuse de Lush : « Mes parents voulaient… Mon Dieu, ma mère allait m’étouffer. Ils avaient pour projet de me marier le plus tôt possible. Tant pis pour les diplômes ou la carrière. Ils m’ont envoyé dans une école de riches en espérant que j’allais y rencontrer les bonnes personnes. Mais heureusement, je n’ai pas pris ce chemin ». Au lieu ça, elle a préféré passer son temps dans les pubs, boire avec des amis et voir des concerts, s’intéresser à la musique.

Rachel Goswell par exemple profitait de ses temps libres au lycée pour répéter avec son groupe, avant de fonder Slowdive avec Neil Astead. Cet intérêt pour la musique était inhérent depuis toute petite et n’était en aucun cas de la récupération pour se faire bien voir : « Mon père m’a inculqué l’envie de jouer de la guitare à 7 ans. J’ai débuté par de la guitare acoustique et du piano. J’ai monté mon premier groupe avec une copine à l’âge de 15 ans. Les clubs au lycée avaient tout un équipement et un dimanche, j’y suis allé avec Alison et Neil nous a installé le matériel. Mais la semaine suivante, Alison ne voulait plus entendre parler de groupe. Alors avec Neil, on a travaillé ensemble » raconte Rachel. Par la suite la musique fut vécue plus comme un moyen pour profiter et découvrir que pour réellement s’afficher devant les gens. « J’ai vraiment adoré les deux premières années. J’ai rencontré Alan Mc Gee à un concert des Primal Scream, il m’a raconté que le Jack Daniels avec du coca, était la meilleure boisson qu’il connaissait. Il m’a aussi fait connaître pour la première fois l’ecstasy. Je venais à peine d’avoir vingt ans, tout était merveilleux et j’ai vécu plein d’expérience que je n’oublierai jamais ». Cela se résume aux souvenirs d’une fille vivant sa première sortie en boite, dans une insouciance immédiatement contagieuse et partageable.
Le shoegaze, en général, évitait suffisamment les tapes-à-l’œil pour permettre aux femmes de s’exprimer, ce qui explique pourquoi elles étaient si nombreuses.

Si bien qu’elles furent négligées, voire dénigrées, comme Emma Anderson et Miki Berenyi, les chanteuses de Lush, moquées pour leur pauvre qualité d’écriture, digne de lycéennes en mal de romance, dans un crédo « les mecs ne sont que des égoïstes » ou bien Bilinda Butcher, en raison de son manque de charisme et de sex-appeal. A croire que l’on n’écoute pas ces filles-là, qu’elles n’ont aucun crédit. « Les choses auraient été bien différente si j’avais été un mec, s’insurge Emma. Avec le groupe, les gens attendent certaines choses de la part des filles. Tu es sensée soit être très jolie, soit très bien jouer, ce qui t’excuse d’être une fille qui fait du rock ». Pourtant, elles aussi ont écouté du punk, et sont tout aussi fans de Siouxsie ou de Deborah Harry.

C’est tout juste si elles n’étaient pas considérées comme des potiches. Tony Halliday (Curveou Miki Berenyi ( Lush) furent très vite pourtant sur les couvertures du NME, mais plus pour leur beauté que pour ce qu’elles représentaient réellement. « La presse n’est intéressé que par la couleur de mes cheveux : est-ce qu’ils s’intéressent aux textes ou à ce que Chris peut avoir choisi comme pédale de batterie ? Le groupe ne serait rien si les journalistes ne s’étaient pas intéressés à notre gueule » admet Miki Berenyi. Et beaucoup de gens allèrent aux concerts de Lush, car on disait qu’elles jouaient en mini-jupes et que les places au premier rang allaient être chères.

Ce machisme ancré dans le rock fut source d’anecdotes croustillantes, que rend compte Miki Berenyi : « Le lollapallooza était un sacré bordel. J’avais trouvé particulièrement pénible de supporter toutes ces attitudes de macho. Et il y avait pas mal d'abus concernant les groupies [...] Je me souviens d’Anthony Kiedis qui m’avait proposé d’aller avec le groupe au « ballet ». J’ignorais qu’il s’agissait d’un club de strip-tease, moi qui croyais qu’ils voulaient voir « Le Lac des Cygne » ! Heureusement, j’ai eu un éclair de lucidité et j’ai décliné la proposition. Je m’étais dit « mais qu’est-ce que j’irai faire dans un tel club ?  »

Pas facile donc de retenir un semblant de crédibilité dans ce blocage et les clichés. Ce besoin de jouer avec le spectacle sera renié par les musiciens du shoegaze, préférant se cacher, baisser les yeux, que de contenter le public, au prix de sonner creux. Miki Berenyi assume sa position : « Tout ce buzz sur l’attitude rock n’ roll m’ennuie profondément. Tout le monde essaye de montrer à quel point ils savent jouer de leur instrument. D’abord c’est un solo de guitare de dix minutes. Ensuite c’en est un de batterie. Je ne peux pas supporter ça. Tu sais quoi ? C’est bien, tu es brillant, tu es un bon batteur. Et alors ? Il n’y aucun mérite à faire de l’épate ». Et Emma d’en rajouter une couche : « Je détesterai avoir à jouer dans un putain de stade. Je veux dire, je viens de voir U2 et c’était un vrai show comme au cabaret. Je me suis dit surtout que c’était de la merde ».

Mais alors, en refusant de se dévoiler, arrivent-elles à exprimer leur personnalité malgré tout ? Derrière ces guitares saturées qui couvrent leur voix, peut-on distinguer des valeurs identifiables et revendiquées ? Mais en se heurtant aux images qu’on se fait du rock, avenant, rebelle, provocateur, c’est comme si les apparences prenaient le dessus sur la profondeur. Ces filles dans le shoegaze auront du mal à trouver de l’écho, non pas parce qu’elles ne se montrent pas en tant que femmes mais par le fait que la presse, et le public, en attendent forcément plus.

La presse leur a essentiellement reprochée de ne pas assumer un statut à défendre. Démarche complètement artificielle qui sous-entend que lorsqu’on est une femme, on a forcément des comptes à rendre. Il est interdit, surtout dans un groupe qui doit assurer un show, d’être une femme et de ne pas lutter pour le mettre en avant. Sur une chronique de l’album Spooky de Lush par le NME en 1992, on relève même une prise à partie, comme si le journaliste s’adressait au groupe, les tutoyant presque sur un ton professoral, de façon à les secouer, à réclamer d’elles quelque chose qu’elles ne pouvaient pas offrir, ou ne voulaient pas. « J’implore Miki et Emma : allez ! Révélez-vous ! Ne vous cachez pas derrière vos franges, les guitares Flanger et les harmonies flottantes, tenez-vous droites et comptez sur votre féminité. Ayez-le courage de vos convictions ! Il y a suffisamment peu de femmes dans le rock qui parlent de leurs expériences, qu’on puisse les entendre ! ». Comme s’il y avait un combat à mener ou que la féminité devait forcément passer par l’opposition, la résonance et le ralliement.

Mais au bout du compte, l’impact prend avant tout sa mesure dans l’essence, plutôt que l’activisme. Ce n’est pas parce qu’on est introvertie qu’on se volatilise. Le mutisme est aussi une forme d’expression. Miki se justifie : « les chansons sont du genre introvertie car elles parlent d’expériences personnelles, elles ne traitent pas de la vie, pas de manière générale en tout cas ». La presse confond féminisme et féminité. La timidité n’est pas une absence de caractère. Elle peut même se transformer en charisme. Et lorsque Salli Carson (chanteuse de Bleach) fut considérée comme une sex-symbol, la meilleure réponse qu’elle apporta fut de se couper les cheveux ! Car cette fragilité est revendiquée. Au-delà des apparences, il y a de l’implication. « Je ne me considère pas comme en tant que femme au sein du groupe, souligne Emma Anderson de Lush, mais parfois, oui, je regarde les autres femmes dans des groupes et je suis étonnée. Il y a très peu de femmes qui écrivent des chansons. Elles chantent et c’est tout ».

Au final, on peut comprendre que les musiciennes shoegaze collèrent au mieux à la définition de la féminité. Bien différent de la vision moderne et faussée.
Pour une fois, et ce malgré un épais brouillard de guitare, les femmes ont la parole. Une occasion que Meriel Barham n’a pas laissé passé au moment de prendre la tête du groupe Pale Saints après le départ de leur leader Ian Masters : « J’avais juste écrit une ou deux chansons à l’époque où Ian jouait encore alors c’était plutôt agréable d’être sous pression et de voir comment j’allais réagir ».
Elles ne façonnent pas une apparence de poupées, dans une sorte de mascarade, mais révèlent qu’elles sont juste des personnes sensibles. « On a démarré par écrire des hymnes dans la veine riot grrrl, sans doute notre côté juvénile, mais très vite les choses ont changés dès lors qu’on a enregistré des albums. La musique, les textes sont devenus beaucoup plus réfléchis et profonds, plus intenses » raconte Miki.
La musique shoegaze se doit tout d’abord de refléter des errances, elle ne peut pas être le support d’une posture, puisque tout est remis en question. Comme les clichés prennent le dessus, l’image brouillé de la féminité dans le shoegaze, sans cesse remise en cause, sans cesse interrogée, apparaissait alors comme une lacune. Bilinda Butcher explique comment son cheminement personnel était directement lié à celui pris par la musique de My Bloody Valentine : « Les paroles de Loveless sont vraiment confuses. A cette époque j’avais des crises de panique. Le père de Toby (son fils, NdT) me traitait vraiment mal. Tout à coup, il voulait la garde conjointe et j’ai été effrayée. J’ai suivi alors une thérapie hypnotique qui a fait remonter des choses de mon enfance à la surface qui ont expliqué pourquoi j’ai passé autant de temps avec un tel homme. J’étais à bout de nerf et j’ai réalisé que beaucoup de choses qui sont arrivées lorsque j’étais gamine n’auraient pas du avoir lieu. C’est ce qui ressort dans mes paroles. Beaucoup de malaises ».
Les compositions deviennent alors des éclaboussures de ce trop plein d’émotions. De même pour les filles de Lush qui préféraient aborder des sujets plus proches de leur trouble. Lorsque Miki explique ce qui est à la base de son écriture, elle reconnaît que ce sont principalement ses regrets qui l’inspirent. « On est beaucoup plus éloquent lorsqu’on parle de choses qui nous ont blessé que des bons souvenirs. Je ne peux pas écrire sur la joie ou le bonheur. Les bons moments, c’est quelque chose que tu vis et oublies vite, les mauvais, tu y penses constamment et tu essayes de t’en défaire en te mettant à la peinture, en écrivant ou n’importe quoi d’autre ».

Cela découle de l’éternelle insatisfaction. Comme l’explique Paula Kelley de Drop Nineteens, il est difficile de s’estimer heureux. Certes il existe des moments heureux mais essentiellement ils sont contrebalancés par les différences de points de vue. Cela témoigne d’un caractère perfectionniste, toujours soumis à une rude remise en question. « Je souhaite toujours être meilleure. C’est un but, motivant, mais impossible à accomplir. C’est frustrant, non ? J’ai peur d’être satisfaite. La satisfaction s’accompagne de la stagnation ». Et sans travestissement et exagération, on transforme ces doutes en douceur, puis en beauté.

Au-delà d’une gravité affiliée à la condition de femme, c’est surtout le devenir qui est mis en avant. Ce qui définit l’identité sexuelle, au-delà des genres imposés, du miroir renvoyé par le public, c'est surtout le fait de sentir femme. Une impression intérieure qui a toujours été difficile pour les musiciennes du courant shoegaze. Le portrait que Bilinda Butcher se fait d’elle-même est révélateur : « J’étais considérée comme bizarre (quand j’étais jeune), mes habits étaient différents des autres.  Pendant longtemps je n’ai porté que des habits des années 20 que j’achetais dans un magasin qui s’appelait Penny Faethers dans un quartier de Nottingham. Mon ami Dyan, qui un jour s’est peint les cheveux en vert, avait un lecteur portable et on allait dans la forêt écouter de la musique. Ma mère disait que j’étais tout le temps dans la lune. Je ne lisais jamais la presse et ne regardais pas la télévision. C’est comme si je vivais à une autre époque. Tout le monde était punk et moi je vivais dans les années 20 et 30. Ensuite je suis allée à Londres pour étudier et aller à des concerts. J’ai vu Bauhaus, Sisters of Mercy et beaucoup de groupes gothiques ». Durant leur jeunesse, au moment de prendre position, de se fondre dans un moule, les filles à l’origine du shoegaze, se sont toujours trouvées décalées par rapport aux autres. Comme s’il y avait des normes à respecter, un certain calibre pour rentrer dans des cases, et qu’elles n’arrivaient pas à se forger correctement. Ce n’est pas une attitude rebelle ou un combat mais plutôt l’aveu d’une sorte d’impuissance ou une drôle d’impression de ne pas convenir. Emma Anderson s’est par exemple toujours sentie transparente. « Miki m’a dit un jour : « tu sais nous sommes dans un groupe maintenant et tu attires l’attention de la presse. Certains hommes pourraient ne pas apprécier ». Mais on la reconnait bien plus facilement que moi alors je n’ai pas compris de quoi elle me parlait ». Comme si elle était persuadée que personne ne la regarderait en tant que femme.

De toute façon, il y a un refus évident de l’aspect physique, charnel des choses. L’attitude shoegaze, les yeux rivés sur la guitare, les cheveux comme rideaux et une rigidité chronique, témoigne d’un défaut de jeu corporel. Priorité absolue à la musique. Parce qu’en réalité, la féminité, c’est d’abord un corps féminin. Emma : « Les chansons de Miki parlent des gens, les miennes parlent plus de moi. Je ne m’aime pas, pas du tout. Je hais mon corps ». Cette opposition avec le monde des femmes en général, les attentes que cela peut susciter, la pression, va nourrir alors des déceptions continues.
D’où une envie de retarder au maximum l’échéance. « J’aime être célibataire parfois. Je ne suis pas de celles qui ont besoin d’être en couple » avouera Emma.

Et puis ce n’est pas comme si le monde attendu offrait la garantie d’un épanouissement.
 Loin d’être bercées par les contes, les filles du shoegaze savent bien que la désillusion règne dans le quotidien. Emma Anderson n’a cessé d’y rencontrer de la violence et des déceptions : « Il y a eu des hommes dans ma vie qui m’ont rendu très malheureuse. Mon premier petit copain m’a largué pour une autre et ça m’a vraiment coupé les jambes. Puis il y a ce mec que j’appréciais particulièrement. Il était très épris au début puis subitement plus du tout. J’étais dévastée. Avec le premier, quand  j’avais 19 ans,  on a eu une dispute et il m’a renversé une bouteille de jus d’orange sur la tête. Je l’ai attrapé et j’ai commencé à la frapper et à lui donner des coups de pieds ».
Ce sont les déceptions causées par les hommes qui vont finir par marquer sa musique : « J’étais vraiment énervée contre eux. La musique est un exorcisme pour moi. Mais je ne les déteste pas. J’ai même écris des chansons d’amour. Bon, il y a des années, j’étais peut-être plus romantique ! » reconnait-elle. Une fois la traversée acquise, le monde du quotidien sélectionne les intérêts personnels et oublie une forme d’innocence, que le shoegaze tente de conserver. Si les femmes du shoegaze semblent vouloir se cacher, c’est plutôt qu’en réalité personne ne vient les chercher. Chez les adultes, on échange si peu. Miki, qui a eu affaire à ce monde-là, peut en témoigner : « Quand j’étais plus jeune, autour de 17 ans, j’avais l’habitude de sortir avec des hommes plus âgées. J’étais intimidé par le sexe. Ce n’était pas une chose agréable à cet âge, aussi bien physiquement que mentalement. Peut-être que ce n’est pas lié à l’âge, peut-être que c’est juste lié au fait de sortir avec quelqu’un de tellement égocentrique qu’il s’attend à ce que tu te plies à ses quatre volontés. Ils ne comprennent pas que tu es une personne avec sa propre personnalité. Je savais que ce n’était pas normal ». Alors qu'on pense que les critiques s'estompent, que les demandes sont moins exigeantes, on se rend compte qu'une fois arrivé adulte, en fait, rien ne change, c'est toujours le même égoïsme. Les musiciennes shoegaze ont toujours su que où qu'elles aillent, elles ne seraient jamais à l'aise.

Plutôt que grandir et rentrer de pleins pieds dans un monde où la maturité abandonne le partage et l’empathie, les musiciennes du mouvement shoegaze vont alors se complaire dans l’insouciance.
Ce no-man’s land émotif où on a du mal à se situer, à quitter l’adolescence et assumer pleinement la contrariété qui viendra avec le statut de femme.
Au lieu d’un parti pris, le rock shoegaze se pare de ce style brouillon et enfantin, qui dévoile encore les faiblesses. Ces désirs de jeux, de paresse et de rêverie qui apportent leur lot de fraîcheur.
Et qui sont les marques d’une envie folle de rester une éternelle jeune enfant, spectatrice, exploratrice et capricieuse. On n’en est pas encore au stade de la contestation et de la révolte, mais juste avant, celui d’un hédonisme attendrissant. « Je suppose que la plupart des gens imaginent les musiciens comme des personnes torturés qui veulent agir et changer le monde avec leur âme et leur musique. Sauf qu’on n’est absolument pas comme ça ! Nous sommes juste des gens ordinaires qui veulent profiter et s’amuser » avoue Miki. A ce titre donc, pas de star, pas de porte-parole, pas de chanteuse-trash, uniquement des filles à peine sortie de l’adolescence. Et qui chantent doucement, langoureusement, avec cette retenue incroyable, de façon presque muette. Timorée pour juste effleurer les choses, suggérer plutôt que marteler et ainsi dévoiler plus de complexité. Les filles du shoegaze seront tout aussi inaccessibles que les mélodies le seront au regard de la dose de saturation qui les recouvre. Par-dessus des idéaux planera avant tout de la pudeur, paradoxalement au bruit émis par le shoegaze. Le regard perdu dans les cheveux, les lèvres à peine entrouvertes, la position à l’arrière scène, les formes voilés, tout concourt à atténuer la visualisation de la femme pour mettre en relief au contraire ce qu’il y a derrière, cette finesse qui porte sur la contemplation. Une réflexion qui suivra des méandres exclusivement féminins et qui voguera au milieu des doutes, des espoirs et des rires. Sans s’arrêter comme le reconnait Bilinda Butcher : « Beaucoup de mes paroles ne veulent rien dire. Je ne sais pas. Je n’ai pas de plan et je ne réfléchis pas aux paroles avant qu’il soit temps de les écrire. J’utilise juste ce qu’il me passe par la tête sur le moment ». Aucun discours intéressé.
Car pour une fois, le rock osera hésiter, ne pas être impulsif ou démonstratif, et inclura des moments-paysages, à base de langueur et de sensibilité. Ainsi Laetitia Sadier, de Stereolab, va jusqu’à donner de l’importance au silence entre chaque mot : « C’est toujours une question d’avoir une véritable, profonde connexion avec soi-même. Rencontrer son soi profond. J’ai réalisé que c’était quelque chose qu’on devait découvrir. C’est quelque chose que tu penses connaître mais en réalité, avant que tu ne demandes, avant que tu plonges, avant que tu regardes, tu ne sais pas. On serait surpris par ce qu’on a à l’intérieur de nous ».

De par ce biais, le mouvement shoegaze va montrer que le chemin pour devenir une femme n’est jamais acquis. « Je me rends compte, en écrivant ces chansons, qu'en fait, je n'ai pas d'idées mais que je dévoile des choses. En les faisant, il y a comme un dévoilement qui se produit... Enfin, j'espère qu'un jour j'aurai des idées que je mettrai en œuvre mais c'est pas comme ça que ça se passe pour le moment. C'est plutôt "qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qu'il y a là ?" et on gratte, on gratte, on gratte, comme les chiens-chiens et on trouve... Ou on ne trouve pas » analyse Leatitia Sadier.

La féminité est quelque chose de beaucoup plus en mouvement, quelque chose de flou et qui change sans cesse. A contrario des représentations qu’on s’en fait, il y a autant de féminité que de femmes qui existent et ce caractère est fluctuant, évolue au cours des expériences. C’est ce que tente de dire le shoegaze. « Ce que je dis, insiste Laetitia, c’est qu’il ne faut pas présumer de savoir qui on est car la plupart du temps, on ne sait pas, tant qu’on n’y est pas allé et qu’on n’a pas ausculté qui on était vraiment.  Et en plus, ça change tous les jours ». Sans un aplomb ostensible, les femmes de ce mouvement se sont heurtées aux stéréotypes. Pourtant ce flou est à l’image du shoegaze et de son esthétisme, une corrélation entre cette saturation de guitares, l’esthétisme confus des pochettes et la féminité impliquée.
Au final, c’est le mouvement lui-même qui est féminin : les hommes se mettent eux-aussi à chanter doucement et gracieusement, quitte à perdre en virilité pour gagner en honnêteté mélancolique. « Je me rendais compte que j’avais la même voix que Kevin » reconnait sa partenaire Bilinda au sein de My Bloody Valentine. Beaucoup de formations basaient d’ailleurs leur ligne de chant sur des duos de voix, masculine et féminine, souvent en alternance, ou qui parfois se mêlaient entre elles. Jusqu’à même arriver à la confusion.
Les visages adolescents et poupons rajoutent au trouble, les vêtements amples cachent les formes et les cheveux longs entretiennent l’ambiguïté. La légende veut aussi que le chanteur de Sweet Jesus, au style assez androgyne, « chantait comme s’il était une chanteuse ». Le propre de la mélancolie est de refuser les clivages : le spleen les dépasse et concerne uniquement la sensibilité de chacun, au-delà des carcans imposés par les comptes à rendre.
Pas étonnant du coup, que la pochette de Loveless soit rose.


Sources :
- Bilinda Butcher interview par Totally Dublin
- Miki Berenyi interview par Under the radar
- Emma Anderson interview par The Von Pip Musical Express
- Leatitia Sadier interview par Spectrum Culture et par Popnews
- Sarah Shannon interview par Dead Journalist
- Paula Kelley interview par Mundane Sounds
- Rachel Goswell interview par Creation Records
- NME, Melody Maker, Siren

9 commentaires:

lyle a dit…

Un excellent billet.
Bravo.

pureejambon a dit…

oui, vraiment excellent.
j'aimerais savoir si tu avais écrit un article sur l'influence du shoegaze sur la musique et aussi le "social" d'aujourd'hui? car ca m'interresserait beaucoup.
Line. merci pour ton site.
(deramburelin@hotmail.fr)

Anonyme a dit…

Il y a pas mal d'approximations dans la retranscription des interviewes de Miki Berenyi. Accessoirement, c'est bien elle et non Emma qui vit (depuis des lustres) avec Kevin Mac Killop de Moose.
Sans doute aurait-il fallu, dans cet article, mettre plus d'emphase sur l'influence punk dans la mesure où c'est ce que leurs membres, masculins et féminins ont écouté pour commencer. J'entends punk au sens large du terme, c'est-à-dire y compris les Banshees et Wire. Plus récemment, My Bloody Valentine qui existait depuis 1983 et les Jesus And Mary Chain, contemporains de ceux-ci ont laissé une trace indélébile sur le son shoegaze, tout comme d'ailleurs les Cocteau Twins et d'une manière générale les groupes 4AD (Pixies inclus) et Creation.

Victor Provis a dit…

Cher lecteur,

merci d'avoir remarqué cette étourderie concernant le couple Miki/Kevin qui trainait...
j'ai ajouté ta remarque concernant le punk, par contre, comme ici je traite de la part de féminité dans le shoegaze, il m'a semblé inutile et redondant par rapport à d'autres articles de citer JAMC.
Par contre, les interviews ont été traduites sans déformations, j'ai indiqué les références et les sources. Elles sont fidèles aux propos tenus.

Merci encore et bonne lecture !

Yannick a dit…

Superbe texte! Un vrai plaisir de lire toutes ces anecdotes sur les femmes du shoegaze.

Tout comme pureejambon, je me suis aussi posé la question de l'influence du shoegaze sur la société, ou même sur le comportement d'un individu: est-on plus tolérant et plus ouvert que la moyenne si on a une sensibilité au shoegaze?


En tout cas, les femmes du shoegaze font pour moi office d'un idéal féminin: elles savent se faire respecter, n'écrasent pas pour autant leurs homologues masculins, ont de la personnalité à revendre, sont créatrices et dégagent une beauté mystique propre à ce genre musical. Seraient-elles des femmes parfaites?

Anonyme a dit…

Bonjour,

félicitations pour cet article, et pour les autres, à travers lesquels vous creusez les implications méta-musicale de ce mouvement.

Etant fan également de tout ces groupes je me suis souvent fait de telles réflexions. Chaque mouvement artistique peut preter à interprétations pyscho/sociale/philosophiques mais le shoegaze a une réelle particularité qui amène rapidement à penser en termes de symboles. A mon avis cette musique a la grande qualité d'être vraiment poétique car souvent à la limite de l'abstraction. Jamais complétement, toujours entre deux mondes. Je la rapproche de ce que fut l'impressionisme en peinture. Sujets quotidiens mais profonds et traitement flouté, voilé, subjectif. C'est un pas fait vers l'abstraction mais non définitif, d'où cet entre-deux mélancolique qui est aussi le propre de la poesie.

Et justement cette "déconnexion" de l'environnement direct par cette subjectivité déformante amène l'artiste et l'auditeur dans un état hors du monde, un état d'avant le monde ou d'après le monde, une zone à la temporalité arrêtée ou modifiée. Cet effet, cette "bulle" a des particularités intéréssantes. Il existe d'autres "bulles". D'autres "transe". Le bourdonnement du black metal, la métronomie de la techno...mais la bulle shoegaze a des propriétés que je qualifierai de liquides. Elle aussi contient de la répétitivité, qui est le lot de presque toutes les musiques populaires et traditionelles dont le but inconscient est la transe et la sortie "hors de..". Mais la répétition du shoegaze est plutot celle de la vague. Un mouvement récurrent mais lent, et qui sait ce faire dramatique et lourd puis doux et prolongé. L'océan berce. Et le shoegaze est une musique d'enfants éternels. On berce l'enfant pour le rassurer et pour qu'il arrête de pleurer. Lacan, un psychanalyste, a parlé de cette sensation "océanique" et de son possible besoin. Cela a à voir avec le stade foetal qui est lui aussi un état liquide. La critique rock a repris l'expression au sujet des cocteau twins je crois, en parlant d'un mouvement "rock océanique". Une musique qui reliait l'auditeur avec des forces naturelles profondes qui sont fondamentalement l'origine de la vie humaine et la vie tout court.

C'est pourquoi concernant la sexualité dans le shoegaze, qui est un point très interéssant, il ya, compte tenu de ce que j'ai exposé précédemment, des parrallèles à faire avec l'androgynie sous son aspect symoblique. Puisque si l'on se situe dans un "avant monde" aquatique et foetal, la définition sexuelle est encore flou et à l'état de probabilité. Le positionnement sexuel de l'auditeur de shoegaze, celui avec qui la musique crée une résonnance, doit lui aussi être flou et proche de l'androgynie.
Bon, je pourrais aussi dire d'un point de vue un peu plus négatif, que cette musique serait un symptome d"anorexie mentale" qui est vraiment une maladie de l'époque et qui justemment décrit cette volonté d'un retour à avant la vie, à un état des possibles et à une non incarnation. Je pourrait aussi évoquer les chants d'amour sufis qui pleurent leur séparation d'avec dieu et cette union d'avant l'incarnation mais ça emmenerait trop loin.

Bon, à la base je voulais surtout évoquer l'influence très probable de Kim Gordon de sonic youth, sur les filles du shoegaze. Parcequ'à mon avis ce fut elle l'icone blonde punk des 80's. Elle qui n'a pas seulement montré l'animalité feminine possible mais aussi une douceur et une fragilité, une manière de chanter des confidences à demi-mots qui inspirera surement bilinda butcher sur Isn't Anything.

Pour s'en rendre compte écouter "Shadow of a doubt" de Sonic Youth ou encore plus loin "I can never go home anymore" des Shangri Las.

Chaleureusement

jf

Victor Provis a dit…

Cher lecteur,

Bravo pour cet excellent billet.
C'en est à en regretter votre discretion.

Anonyme a dit…

merci pour cette article

Anonyme a dit…

Superbe article, on en décroche pas !