22 septembre 2007

Biographie de Chapterhouse


Le temps de l'innocence


Ces petits jeunots de Reading ont souvent été considérés comme les protégés de Sonic Boom (leader des Spacemen 3) qui s’était pris d’affection pour eux. Se faisant la main en première partie des Spacemen 3, partageant le même manager, et le même label Dedicated (sub-division de BMG), on les soupçonna d’avoir bénéficié de pistons. Ce ne fut donc qu’après leur troisième single (le sublime « Pearl » où figure Rachel Goswell) que Chapterhouse apparût comme un des groupes les plus talentueux de sa génération. Le son, moins brouillon, ose et se drape d’ambitions, tout comme de grâce, ce qui surprend de la part de gamins qu’on avait regardé de haut jusque là. Et à posteriori, leur opus Whirlpool figure parmi les plus grandes réussites du genre.

Et cette démonstration fut le fruit d’une volonté de se détacher du mainstream qui ne s’est jamais démenti depuis les débuts. « Il n’y avait vraiment rien de bon dans le circuit commercial et il était impossible d’y rentrer de toutes façons, reconnaît Stephen Patman, le seul moyen pour un groupe comme nous de se faire connaître, c’était de se lancer à l’assaut des charts indépendants, ce qui était un ghetto en soi. ». A l’époque, il existait des formations qui jouaient le jeu pour passer sur MTV et d’autres, non, annulant toute possibilité de succès.
Mais pour des gosses comme Stephen Patman et Andrew Sherriff, qui se connaissent depuis l’école, l’intérêt est ailleurs, juste jouer la musique qu’ils aiment, pour le fun, pour se défoncer et se faire offrir des bières.
A force de traîner dans les quartiers de Reading, à la recherche de concerts sympas pour tromper l’ennui (et surtout pour éviter les révisions d’examens à la fac), les deux compères finissent par proposer à leurs amis Simon Rowe (guitare), Ashley Bates (batterie) et John Curtis (basse) de monter un groupe, sous le nom d’Incest. L’idée tombe sous le sens, après qu’ils se soient rendus compte qu’ils partageaient la même collection de vinyls : des groupes garage des années 60, du Velvet Underground, Sonic Youth, mais aussi et surtout des deux seuls groupes anglais de l’époque qui leur semblaient dignes d’intérêt : The Jesus and Mary Chain et Spacemen 3.

Pendant les premiers mois, ils s’enferment dans leurs garages et s’amusent à reprendre des chansons des Byrds, des Beatles ou issus des Nuggets. Peu de temps après, ils commencent à écrire leurs premières compositions et à les enregistrer. On leur conseille de faire quelques concerts et ils se retrouvent alors, sous le nom d’Incest, au pub Hatton’s, qui appartenait à un manager de foot, Terry Venables. On ignore encore si le groupe a été pris sous son aile, parce qu’il s’y connaissait en matière de groupes de rock, ou parce qu’il était aussi connu pour être un dealer local et que les membres de Chapterhouse étaient ses principaux clients.
Apprenant que leur groupe favori, Spacemen 3, passait jouer à Reading, le groupe fait alors des pieds et des mains auprès de leur manager pour assurer la première partie. Quitte à enchaîner les concerts, avec The Jazz Butcher par exemple. Mais l’expérience se passe bien et Sonic Boom les embauche pour les accompagner en tournée. C’est à la fois une chance, à la fois une manière de montrer toute leur reconnaissance. « On savait qu’on se devait de faire leur première partie parce qu’on savait qu’ils nous appréciaient » dira Stephen.
Le groupe déménage donc à Londres, laissant en chemin Jon Curtis, parti dans une école d’art et remplacé par Russel Barrett (qui avait débuté auprès des Bikinis), afin d’y assurer une série de concerts, mais aussi pour y écrire quelques nouvelles chansons. Ils profitent des installations du studio VHF, qui appartenaient aux Spacemen 3, à Rugby (Midlands) pour essayer de trouver leur son. Comme l’explique Stephen Patman : « C’était juste une structure de banlieue. Le gars qui s’en occupait possédait son propre matériel et était assez cool. Alors on a commencé à travailler tout seul notre style, qui était vraiment lo-fi, mais on a fini par avoir un contrôle total sur notre son. On voulait obtenir le son le plus lourd possible, créer l’atmosphère la plus lourde possible, ce que peu de gens à l’époque comprenait ».

Au même moment, un autre groupe commença à émerger : My Bloody Valentine. Leur travail sur la production était novateur. A l’époque, les moyens étaient plutôt limités, tournant autour des pédales fuzz ou wah-wah et des regrettées guitares Fander, mais le groupe de Kevin Shield révolutionna le genre. Cela influença profondément Chapterhouse, désireux « d’utiliser comme eux leurs guitares pour créer des sons que personne n’avait réussi à faire auparavant ». Utilisant alors les saturations, parfois à l’excès, le groupe devient de plus en plus ambitieux. « La plupart des gens pensaient qu’on utilisait des synthés mais tout était fait à base de guitares ».
Amoureux des trips planant, les gamins de Reading profitent des moyens à leur disposition, et squattent les studios, mêlant beuverie et sessions jams. Cette totale liberté se ressentira sur les compositions. Andy Sheriff se souvient : « On voulait créer une musique qui faisait te sentir dans un état proche de la défonce, mais sans avoir à prendre de drogues. On avait une approche psychédélique des choses, mais selon un concept plus moderne, plus éthérée, plus poussée encore, juste à partir de bruits qui te faisait tourner la tête ». D’ailleurs leur manière de chanter suit le même credo. Et Stephen et Andy n’hésitent pas à en rajouter dans les voix, adoptant une position très légère, presque douce, angélique, ce qui rend les choses encore plus hypnotiques. « On a toujours senti que les voix étaient juste une partie de la musique, un instrument comme un autre. Seulement, en les écoutant après, on pouvait se demander ce qu’ils voulaient signifier ! ». En effet, les voix sonnaient tellement douces, presque en retrait, qu’il était impossible t’entendre quoi que ce soit. « On pensait peut-être inconsciemment que nos textes n’avaient pas d’intérêt
» avoue Andy.

Le fruit de ces sessions paraîtront sous le nom de Chapterhouse (leur premier nom pouvant prêter à confusion) sous la forme d’un premier single, "Freefall EP". Se faisant ainsi remarquer, le groupe bénéficiera de l’aide de producteurs chevronnés, comme Robin Guthrie sur "Sunburst EP", pour sophistiquer leurs sons, y mêler une bonne dose d’hédonisme. Malgré une atmosphère teintée de grâce, le rythme évoque les beats de la dance. Comme le dit Andrew Sheriff : « J’ai toujours été intéressé par ces albums partagés entre la lumière et l’ombre, selon une formule : un "Sunday Morning" pour un "Venus in Furs". Après tout, pouvez-vous imaginer un album entier composé uniquement de "Satin Safe’s" ? ». C’est donc cette démarche qui fut à la base du troisième single, « Pearl », sorti en 1991, et surtout de leur premier album. Malgré les saturations, le côté dansant et éthéré permet au groupe de rentrer dans les trente premières places des charts, un exploit, pour un groupe taxé d’appartenir au shoegaze.

Les tournées s’allongent, au grand dam des fans, le groupe commençant à jouer à guichet fermé, avec comme point d’orgue, une tête d’affiche au festival de Reading en 1991 (juste avant Nirvana), et s’envolant aux Etats-Unis et aux Japon. On finit même par voir ces gueules d’angelots sur la couverture du Melody Maker.
En fin de compte, toute cette renommée ne les intéressait que très peu. « On a découvert beaucoup de gens qui nous suivaient en tournée et qui nous disait à quel point notre musique les avait touché et leur avait donné l’envie de se lancer eux aussi. C’est pas grand-chose mais c’était notre meilleur récompense ». Le groupe qui était taxé d’être trop influençable, se révèle une source d’influence pour beaucoup.
Cependant l’arrivée du grunge et de la Brit-Pop ne permit pas à Chapterhouse d’étendre plus leur petit contingent de fans en Angleterre. Comme le dit le journaliste Andrew Perry, qui les a beaucoup suivi, « Chapterhouse était à la fois dans le coup et en dehors du coup ». Et finalement, le groupe subit le lot de beaucoup de groupes shoegaze : un manque de reconnaissance ingrate.
Pendant un an, le groupe ne donnera pas de nouvelles, avant de ressurgir en 1993 avec un nouvel album, « Blood Music », très porté sur la dance ou le dub, dont les deux singles "She's a Vision" and "We Are the Beautiful" seront un relatif succès. L’album mélange les beats électro et le mid tempo propre au shoegaze et à la dream pop. Malheureusement, le groupe fut critiqué et même poursuivi juridiquement pour avoir abusivement utilisé de samples existant. Bien que suivi d’un album de remix, sur Global Communication, le groupe ne s’en remettra pas. Et ils ne réalisèrent plus aucune autre session, hormis un recueil de faces-b.

L’ardeur n’y est plus et le groupe se sépare. Par la suite, plus aucune nouvelle des membres, qui tombèrent chacun dans l’oubli, hormis peut-être Simon Rowe qui joue dorénavant avec Mojave 3.
Une carrière écourtée donc, mais avec le recul, et grâce à des rééditions, on se rappelle à quel point, l’espace d’un album, Chapterhouse a réussi à atteindre une sorte de nirvana, où tout ce qu’ils faisaient, touchait le sublime. Mais aussi plus que ça : une certaine idée du rock, parfaite comme nonchalante, lumineuse comme branleuse, miraculeuse comme inventive, éblouissante comme hautaine. Avec cette dose d’éternité qui fait tout.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Probablement le meilleur groupe du monde !