26 juillet 2007

Biographie de Swervedriver


Dérapage mal contrôlé

Un nombre incalculable de fois le groupe Swervedriver a bien failli être enterré mais pourtant, malgré les vicissitudes, malgré les galères, le groupe a survécu assez longtemps, tout en réussissant à chaque fois à sortir des albums mémorables, qui auront accompagné bon nombre de gens tout au long des années 90.
Swervedriver, cultivant un style unique, brassant la violence avec une esthétique tourmentée, n'ont pu que susciter chez ceux qui les ont écoutés, adulés, parfois sans modération, une somme de passions diverses, toutes tournées vers la découverte et la redécouverte de leur monde. Beaucoup sont rentrés dans le rock par eux. Cela suffirait déjà à leur confier un statut mythique.
Mais bien évidement, comme dans toute histoire du rock qui se respecte, c'est surtout par les frasques et les déboires que le groupe rentrera par la grande porte.
A commencer par les innombrables cafouillages qui suivirent la notoriété tombée comme un cheveu sur la soupe, suite au phénoménal premier album, succès que personne n'attendait et qui ne manqua pas de faire tourner les têtes.
Cependant, pour comprendre, un petit retour en arrière s'impose : à la base, Adam Franklin (guitare) et Paddy Pulzer (batterie) forment le groupe Shake Appeal en 1984 alors qu'ils font leurs études à Oxford, en compagnie de Graham Franklin (chant) et Adrian "Adi" Vynes (basse). Le combo, tirant son nom d'un single des Stooges, voue alors une admiration sans faille pour Detroit. De ces débuts cafouillés, sortira le single "Gimme Fever" en 88 sur le label Notown, avant que le groupe ne découvre la nouvelle vague indie rock en provenance des Etats-Unis, Dinosaur Jr et Sonic Youth en tête. Aussitôt les voilà inclure des déferlantes de guitares saturées dans leurs chansons, mélange qui aboutira aux démos que seront "Song for a Mustang Ford" et "Afterglow". Mais déjà des défections au sein de l'équipe se font sentir : Graham Franklin, relégué par son frère en rôle de faire-valoir décide de se lancer dans la dance music, tandis que Paddy Pulzer s'en va rejoindre le groupe Jack.

Comme il ne reste plus grand-chose de Shake Appeal, que ce soit au niveau du personnel ou au niveau du son, Adam Franklin et Adi Vines décident alors de changer de nom en plus de recruter deux nouveaux membres, en la personne de Jimmi Hartridge (guitare) et Graham Bonner (batterie). Le nom de Swervedriver sera choisi, toujours en suivant leur passion pour les belles voitures, puisqu'il signifie une espèce de dérapage manqué qui finirait dans les rails de sécurité.
Ils envoient alors la démo "Song for a Mustang Ford", une hymne dantesque dédié uniquement aux voitures, se référant à des auteurs comme Hunter S. Thompson ("Fear and Loathing in Las Vegas") et J. G. Ballard ("Crash"), ou bien au film "Christine" de John Carpenter, au label Creation Records. Complètement sonné sous l'effet de l'ecstasy, et alors qu'il passe la cassette dans sa voiture à Los Angeles, le patron Alan Mc Gee sera soufflé et fera des pieds et des mains pour signer le groupe immédiatement.
Le single sort en 1990, acclamé par la critique, surprise de découvrir un groupe pratiquer un rock psychédélique de manière aussi virulente. Plus tard dans l'année paraîtra "Rave Down", et son clip sur MTV, qui se voudra la réponse cinglante à un article de Everett True du Melody Maker. Face aux filles de Hole, prétentieuses et tout juste découvertes, Swervedriver paraissaient bien fades, ce qui ne manqua pas d'agacer Adam Franklin, vexé d'être assimilé à la vague shoegaze. Mais une partie de la presse metal anglaise se réjouit de voir la seule réponse anglaise au son de Seattle. Swervedriver comme ersatz shoegaze-metal ultime ?
Une imposante tournée en Angleterre sera l'occasion d'affiner le son du groupe, avant un retour au studio et la sortie d'un troisième single, "Sandblasted", peu avant la sortie du premier album en 1991. Celui-ci fut un succès surprenant.
Et c'est à partir de là que les ennuis commencèrent.

A défaut d'avoir de l'argent couler à flot, les sollicitations affluaient : pour des concerts, des interviews, des sessions photos. Quant à la drogue et les filles, il n'y avait qu'à claquer des doigts. Cela finit par monter à la tête de certains.
Alors que Swervedriver passait près de la frontière canadienne au cours d'une éreintante tournée aux USA en février 1992 (avec des apparitions en premières parties de Monster Magnet ou Soundgarden), Graham Bonner se porte volontaire pour aller chercher des sandwiches. Il ne revint jamais. Seul Jimmy réussit à le revoir au cours d'un entretien au commissariat, Graham ayant tenté de franchir la frontière. Personne ne su ce qui fut dit entre les deux hommes, mais à l'issus de la conversation, une chose était sûre : le groupe n'avait plus de batteur !
La tour manager Phil Ames appelle alors en toute urgence le batteur du groupe de Boston Strange Boutique pour assurer la batterie le temps de la tournée, notamment au Japon. Mais les problèmes ne s'arrêtent pas là, puisqu'en août 92, et alors que le groupe vient de retourner en Angleterre pour sortir un nouveau single, "Never lose that feeling" (au titre évocateur), c'est au tour de Adi Vines de se faire la malle et de s'en aller fonder Skyscaper.
Les rumeurs commencent à aller bon train : sans section rythmique et sans Adi Vines qui co-écrivait les chansons, s'en ait fini de Swervedriver, et quand bien même les membres voudraient continuer, ils ne seraient plus que l'ombre d'eux-mêmes. Même sans annonce officielle, les fans se sont fait une raison : le groupe a splitté !

Pourtant, à la surprise générale, voilà que déboule en 1993, un nouveau single, "Duel", clin d'œil au film de Spielberg, et c'est repartit pour un tour. La chanson se classe haut dans les charts, le clip sera archi-diffusé sur toutes les antennes et le NME leur attribue le titre de "Single of the week". Swervedriver renaît de ses cendres. La formation à cette époque comprend le batteur du groupe culte 5 : 30, Jez Hindmarch, qui accosta Adam Franklin dans un pub pour leur proposer ses services, ayant eu vent des galères du groupe. Qui dit nouveau groupe, dit nouveau son, et Swervedriver ne manquera pas de durcir ses riffs, de rendre ses chansons plus concises et de toucher au plus simple et efficace. La recette marchera comme sur des roulettes, puisque l'album suivant, produit par Alan Moulder, Mezcal Head (en référence à un alcool mexicain), sera une immense réussite, surtout aux Etats-Unis, où Sony (qui venait de racheter des parts de Creation) s'occupe de les diffuser.
Le groupe n'hésite donc pas à y étrenner sa renommée au cours d'une tournée, en compagnie des Smashing Pumpkins. Les concerts erratiques les entraîneront en Europe, au Japon et en Australie. Ils trouvent même le temps de sortir de nouveaux singles en compagnie de leur nouveau bassiste, Stephen George, ainsi que des covers du Velvet Underground et des Who pour des tribute albums. Mais pendant ce temps là, en Angleterre, un jeune groupe raflera la mise et plongera bien vite Swervedriver aux oubliettes : et ce groupe, c'est Oasis.

Ayant trouvé la poule aux œufs d'or, Alan Mc Gee délaissera ses premières formations pour se consacrer presque exclusivement à la promotion du gang de Manchester. Alors qu'ils venaient d'enregistrer leur troisième album, Ejector Seat Reservation (au titre révélateur sur leur avenir), Adam Franklin et sa bande se voient priés de quitter le label. Et sans structure, il ne peut y avoir de promotions, ni de tournées. D'autant que les ventes ne décollent pas. La faute à un album aventureux, où le groupe se risque à des expérimentations pop et psychédéliques, orientation qui déconcertera les fans de la première heure. Swervedriver venait pourtant de signer un chef-d'oeuve mais personne ne s'en aperçut ! La crise est profonde : la nouvelle de l'absence de label se transforme vite en nouvelle rumeur de séparation.
L'année suivante sera exclusivement consacrée à la recherche d'un nouveau label, ce qui se résumera à une suite continuelle de galères. Finalement le groupe atterrit chez Geffen qui leur donne les moyens de publier leur quatrième album, toujours avec Alan Moulder aux manettes. Seulement voilà, lorsque leur représentant auprès de Geffen se fait viré, il n'est plus question de sortir d'albums, et ce malgré la publication de CD promotionnels envoyés aux journalistes ! La sortie de 99th Dream (en référence à une chanson de Bob Dylan, " 115th Dream") est donc retardé, sans connaître d'échéance, ce qui aura tôt fait d'exaspérer les fans, qui ne sont plus très nombreux, du reste. Le groupe quitte Geffen. Cela faillit mettre un terme à la carrière de Swervedriver.
Fort heureusement, le groupe signe en dernier recours un deal avec un micro label américain, Zero Hour. Après avoir bataillé pour récupérer les droits de " 99th Dream", Swervedriver peut retourner en studio, remixer les chansons et sortir la version définitive de leur quatrième opus en 1998, soit un an plus tard que l'enregistrement initial.

Mais celui-ci sera le dernier : ne bénéficiant pas des mêmes moyens de diffusion que les albums précédents, l'album aura du mal à s'écouler. D'autant plus que l'attente interminable aura rendu plus d'un fan impatient. Et l'ouverture trop pop de l'album n'aura que trop peu convaincu, surtout lorsque les gens désiraient un retour au son des débuts. Mais Adam Franklin ne voulant pas sombrer dans la facilité préféra écrire un album plus planant, quitte à ne pas être reconnu. A nouveau les chansons sont excellentes mais elles font parties des moins appréciées par les fans.
Malgré une tournée en 1998 et 1999 aux Etats-Unis, en Angleterre et en Australie (où les amateurs de Swervedriver ont toujours été fidèles), la lente descente vers l'anonymat ne peut s'arrêter. "The Wrong Treat EP" sera la dernière publication du groupe d'Oxford. Adam Franklin et Jimmi Hartridge, les seuls membres originels, commencent à souffrir de ce manque de reconnaissance, et réalisent que le succès, la gloire, les drogues font partie du passé dorénavant. Les années 90 passent très vite, même Oasis est devenu has been, comment en serait-il autrement pour Swervedriver ? Peu après le groupe annonce un break, break qui perdure à ce jour.
Peu après Adam Franklin se lança dans une carrière solo, sous le nom de Toshack Highway, et n'hésite pas à rejouer en concert quelques morceaux de son ancien groupe, histoire de se rappeler le bon vieux temps.

Mais on ne peut que regretter que la carrière du groupe n'ait pas obtenu pas meilleur sort. Car le talent et l'ingéniosité de ces gamins d'Oxford méritaient bien plus que les pépins et les soucis continuels. Heureusement, ce n'est rien à côté de ce qu'ils ont pu apporter. Et ce qui peut sembler paradoxal, c'est que l'aura du groupe est sans doute plus importante pour tout un chacun que pour le public en général.
Swervedriver, c'est aussi une affaire personnelle. Leurs chansons, cultes, mythiques, résonnent encore pour beaucoup, sans en être altéré une seule seconde, et ce, malgré le nombre incalculable de fois qu'elles sont passées dans la tête.

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