29 juin 2007

The Family Cat : Furthest from the sun


Furthest from the sun de The Family Cat

Sortie : 1992
Produit par Guy Fixen
Label : Dedicated


Cet opus, produit par Guy Fixen est un véritable condensé de sauvagerie, de nuisance sonore et de morgue éhontée, le tout valdingué dans un brouhara électrique des plus décoiffant.
Et en plus de cela, ces cinqs jeunes rebelles avaient un goût hors du commun pour les mélodies splendides et les compositions efficaces. Captivantes dès les premiers éclairs, on ne se lasse jamais d'écouter ces chansons surpuissantes ("Too many late nights" ou "Prog one"). Les riffs sont monstrueux, à faire mal aux oreilles, la rythmique musclée, le ton varié et toujours mélodieux, un peu régal. A noter l'intervention au chant de PJ Harvey, alors à peine connue, sur le frénétique "Coulour me grey" et sur "River the diamonds". Les guitares saturent à tous les accords, les amplis sont à fond, les pédales steel aussi, on sent que la hargne et l'énergie se partagent cet album qui frappe fort d'entrée de jeu.
Mais The Family Cat sait aussi se faire plus apaisé, ou plutôt plus torturé, pour de grands moments de bonheur évasifs et magnifiques, au cours de titres plus longs, plus lents et tout aussi beaux (le célèbre "Steamroller" ou le divin et vaporeux "Gameshow").
Les rapports des guitaristes Paul Frederick et Stephen Jelbert avec leurs instruments sont complexes. Un coup leurs doigts vont en carresser les cordes du bout des ongles ("With a war")pour les faire sonner comme des cordes, un coup ils vont martyriser le manche en le secouant dans tous les sens ("Keep it to yourself"). L'instrument devient alors à la fois féminin et masculin. De ces rapports ambivalents naît une musique sincère, produite sans calcul, violente mais aussi élégante, comme sur le génial "Fire music", qui conclut de manière magistrale et en saturation l'album.
Furthest From The Sun, avec sa rudesse nihiliste et sa misère poignante, est un classique. Un classique, oublié certes, faute de succès, mais qui reste une oeuvre essentielle. Comme quoi, le courant shoegaze pouvait aussi être le terrain de jeu de groupes sauvages, à la rage exacerbée et au brin de folie dévastateur. Ceux-là défendaient la manifestation d'un malaise à évacuer bruyament, avec perte et fracas.
Ce brulôt maltraite la pop comme jamais, ou plutôt lui rend l'authenticité qui lui avait manqué. Une chaleur qui donne des frissons et sublime ces perles soniques, versions dépouillées et abrasives d'une certaine délicatesse.

Aucun commentaire: