3 mai 2007

Biographie de Secret Shine


Ephémère mais toujours là...

Tout a commencé par un sacré coup de chance.
Les deux compères que sont Jamie Gingell et le guitariste Scott Purnell prennent le pari fou à leur yeux d'envoyer une démo à leur label préféré, Sarah Records, basé à Bristol. Pourtant le titre est enregistré sur un 4-piste pourri, et les moyens rudimentaires les obligent à combler les manques avec une boite à rythme et beaucoup de brouillage sonore pour maquiller le tout. C'est presque sans espoir qu'ils envoient la cassette ("leur chanson fantôme" comme ils la nommeront) par la Poste.

Plus tard, vers Noël, ils recoivent une toute petite lettre manuscrite de la part de Matt et Clare, les patrons de Sarah Records. Les voilà qui sautent de joie, ravi que leur label préféré leur propose d'enregistrer un single. Depuis le single "Pristine Christine" de Even as we speak, le label s'est taillé une solide réputation chez les connaisseurs et souhaite durcir son son, et son image, très marqué par des groupes de romantiques introverti (comme Brighter ou The Field Mice). Et voilà, Jamie et Scott qui chargent leur maigre matériel à l'arrière de leur voiture et qui filent vers Weston, à 20 miles de Bristol, direction le studio d'enregistrement. Sur place, ils font la connaissance de Martin, un producteur pointilleux, qui dirige vite les choses et leur impose sa vision des choses. Scott jouera de tous les instruments et Jamie sera au chant. Le single est transformé, pas forcément dans le sens des deux amis, qu'ils le qualifieront de "morceau sans âme", mais ils n'osent rien dire, estimant que c'était déjà une chance d'en être arrivé là.

Malgré tout, l'apparition dans les bacs de "After Years", plus connu des collectionneurs sous le nom de "Sarah 53", fut vécu comme un jour spécial.
Quelques temps plus tard, la scène émergente du shoegaze, notamment My Bloody Valentine, commence à les titiller et les intriguer. Une nouvelle orientation, de plus en plus noisy, se dessine. Quelques concerts sont donnés, mais à deux, les galères s'accumulent. Avant de se lancer dans de nouvelles démos, il s'agit de fonder un vrai groupe !

Pour remplacer la boite à rythme et les guitares pré-enregistrées, le duo doit encore tout à la chance. Le groupe The Naked Eyes, dont fait partie le frère de Scott, Dean Purnell, finit pas se séparer, permettant ainsi à la nouvelle mouture de Secret Shine de prendre forme. S'y associent donc Nick Dyte, à la batterie, et Paul Wolves à la basse. Le groupe produit un autre single, mais qu'ils publient sur un label allemand, pour se venger de Sarah Records.

Plus tard, c'est l'arrivée d'un sixième membre, Dean Tyler, en provenance de Beatnick Filmstar (groupe lui-même formé sur les cendres de The Groove Farm, formation culte anglaise des eighties), qui apportera au groupe de la cohésion, grâce à sa passion et son acharnement.

En 1993, Secret Shine affine son style et possède suffisament de chansons pour publier un album. La rencontre avec la chanteuse Kathryn Smith, permet d'associer une voix vaporeuse à un ensemble très porté sur les grâces brouillées par des nuages de sons et de saturations. "Loveblind" sera choisi comme single, le fameux "Sarah 71", même si le choix sera difficile. L'enregistrement de "Untouched" , sans compter le mixage par Jamie Gindell (pour rajouter surtout encore plus de reverb), toujours chez Sarah Records, restera comme un des meilleurs moments dans la carrière du groupe : imaginez cinq jours (plutôt des nuits) de studio à boire et vider des caisses entières de Fooster's.

Mais la gueule de bois est rude : le NME publie une de ses critiques les plus incendiaires à la sortie de l'album (le fameux "Sarah 615"), renforçant ainsi la méprise de la presse pour le mouvement shoegaze en général, surtout si le groupe ne livre pas toutes les clés, comme Secret Shine. La formation ne se démonte pas pour autant, soutenu par John Peel, grand amateur du groupe, ce qui permet à "Loveblind" de faire la seule et unique apparition dans les charts amateurs.

Le problème, c'est que Secret Shine a toujours pratiqué une musique très riche et très emphatique, contrairement aux canons de l'époque et aux poseurs qui commençaient à apparaître. Pas évident de passer pour des intellectuels, noyant un manque de percussion dans un discours, semble-t-il abscon. Leur musique était composé des plus grands apparats, tout juste fut-elle considérée ennuyeuse. Secret Shine, par une certaine radicalité, cristalise le fossé entre la plupart des amateurs de rock et les membres shoegaze, traités de pédants esthètes. De plus, leur appartenance au label Sarah Records, adoré des fans, mais pris de haut par le grand public, n'a pas aidé les choses.

C'est surtout en live que les difficultés du groupe sont les plus criantes. Là où en général, la tournée est le point d'orgue pour bon nombre de groupe, monter sur scène se révèle une vraie synécure pour le groupe. Sur six ans, s'étalèrent seulement une trentaine de concerts, ce qui est bien peu pour se faire un nom, la faute à de la paresse, une phobie des gens, un goût certain pour l'alcool avant les shows et un manque de matériel. Malgré un grand concert devant plus d'un milliers de personnes, en première partie des grands Jesus and Mary Chain, les tournées ressemblent à des chemins de croix.

En 1995, après un show à Bristol, Nick Dyte quitte le bateau. Mais sans étonnement de la part des autres, Scott Purnell sachant très bien que depuis le début, Nick avait du mal à s'adapter, expliquant qu'il "posait un pied carré dans un trou rond". Pour le remplacer, Tim prendra place derrière les fûts, ce qui arrange le groupe qui peut alors jouer sans boite à rythme. Deux nouveaux singles seront même écrits, "Wasted Always" et "Wish coming true", qui auraient pu sortir sur Sarah Records, si les patrons du label n'avaient pas décidés de mettre la clé sous la porte. Tim essaya bien de convaincre Spoiler Records de le diffuser sur une compilation, mais ces chansons ne virent jamais le jours. Le groupe semble encore vivoter.

Malheureusement, ce ne sera que de courte durée. Malgré un dernier effort pour sauver la baraque (les membres décident de vivre tous au même endroit, essayent de sonner plus professionnel, améliorent leur équipement), le concert en 1996 à Oxford sera le dernier.

On ne peut pas vraiment parler de séparation, mais juste qu'à partir de cette date, le groupe arrêta de se produire. Bien qu'ils étaient, et sont toujours, de bons amis, les divergences commencent à poindre. Jusqu'à devenir inconciliable avec les projets du groupe.
Parmi le duo initial, Scott Purnell et Jamie Tyler, les directions à faire prendre à Secret Shine s'opposent. Entre Scott qui souhaite ratisser plus large avec une musique plus pop, et Jamie qui au contraire veut radicaliser encore plus le son, pour expérimenter et tisser une ambiance plus obscure, impossible de s'entendre.
Secret Shine a toujours été l'objet de leur pensée, malgré les cours à l'Université ou les petits jobs, mais en 1996, à Oxford, la passion s'est évaporée, faisant de leur dernier concert, une véritable calamité. Vivre et travailler pour un groupe, même si Secret Shine, fut qualifié par eux-même, le "groupe le plus paresseux du monde", exige beaucoup d'énergie. "Secret Shine pompe nos vies", avouera même Scott Purnell.

C'est en 2004 que le groupe retrouve à nouveau sa dynamique. Et comme il n'y a toujours pas eu de séparation, on ne peut toujours pas parler de reformation. Tout juste le groupe s'était mis entre parenthèse.

De nouveaux enregistrements se font entre Jamie, Dean et Tim, sans doute poussé par la sortie par Claire Records, d'une compilation "After Years", qui fut plutôt bien accueilli par la critique, ce qui leur assura enfin la reconnaissance que le groupe méritait depuis bien longtemps (montrant au passage l'hypocrisie de la presse, capable de retourner leur veste très facilement). Mais c'est surtout le décés de Tim, survenu le 14 février 2005, lors d'un accident de la route, qui resouda à nouveau le groupe. Attristés, les membres se retrouvent à nouveau et composent des chansons à sa mémoire, ce qui cimente le groupe. De ces sessions un peu particulières, un album, intitulé "Morris" sortira, dont les bénéfices seront reversé à une association. S'ensuivra une tournée acoustique, ce qui achevera de relancer définitivement la machine Secret Shine. D'autant plus que chacun est persuadé que Tim aurait voulu que les choses se passent de cette manière.
Le retour d'un des groupes les plus attachants et intéressants qui soient, se fera donc à la mémoire de Tim. Avec la conviction, que quelque part, il est toujours présent avec eux...

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