12 mai 2007

Biographie de Pale Saints



Une musique pour les extra-terrestres.

On a toujours dit de Ian Masters, que son côté dérangé, avait fini par phagocyter l’esprit de Pale Saints, et qu’il avait fini par en faire « sa chose ». Objet de toutes ses fantaisies, la musique de Pale Saints se voulait aussi bizarre que dans sa tête, ce qui donnait lieu à des albums à la fois éthérés et sublimement excentriques.
D’ailleurs beaucoup de personnes furent surprises lorsque suite à son départ, les membres du groupe décidèrent de poursuivre et de conserver le nom de Pale Saints. Mais à en croire les interviews données, il fallait croire que la formation anglaise ressemblait plus à une entité multicéphale qu’un projet mené par un autocrate. Ceci dit, même si le groupe continua de faire allégeance à Hugh Jones, le dernier album, paru en 1994, « Slow Building » brille surtout par l’absence de folie et de décalage que pouvait apporter Ian Masters.
Ce génie si particulier, à la vision de la pop très personnelle, savait très tôt qu’il allait se lancer dans la musique. Seulement ces goûts très larges et son manque de cohérence dans ces objectifs furent autant d’obstacles pour rallier des gens autour de lui. Difficile de suivre quelqu’un qui part dans tous les sens, et qui ne sait même pas ce qu’il veut. Les seuls à répondre à sa petite annonce (où il cite de multiples références, comme Dead Can Dance, John Barry, Mc Carthy ou Television !), furent deux musiciens de Leeds, le gu
itariste Graeme Naysmith et le batteur Chris Cooper. C’est ainsi que Pale Saint vu le jour, en avril 1987.
Ensemble ils composent les premiers morceaux et les essayent en concert, sans quitter la scène locale de Leeds, jusqu’à ce qu’un accord soit passé avec un autre groupe du coin, The Savlons ainsi que Jane Fox (chanteuse des Marine Girls), pour publier ensemble un premier flexi-disc.
Imprimé à mille exemplaires seulement, sur le micro-label Panic Recording, avec quatre pochettes différentes, une pour chaque groupe, et une pour le label, autant dire qu’aujourd’hui il est quasiment
introuvable !
En 1988, Pale Saints enregistre leur première démo, une cassette appelée sobrement « Some new sog by Pale Saints », sur laquelle figure les titres suivants : “Wasting My Time”, “Children Break”, “The Way The World Is” et « Sea Of Sound ». « Wasting my time » apparaîtra également sur une compilation d’un fanzine et contribuera à faire parler d’eux au-delà de Leeds.
Les concerts dans le pays commencent à s’enchaîner, notamment des premières parties de Saint Christopher, ou de My Bloody Valentine, qui commençait tout juste à se faire connaître. Et c’est particulièrement au cours de l’un d’eux, vers la fin de l’année
1988, au cours d’une représentation locale au Hyde Park Pub, que le son de Pale Saints commença à se forger, un son particulier, incluant au milieu de mélodies d’obédience pop, des expérimentations et des bruits concassées de guitares. Agacé par les séquences traditionnelles, « chanson-applaudissement-chanson » qu’on retrouve habituellement dans tout concert, le groupe décide alors de ne jamais laisser de blancs entre les morceaux et d’inclure dans leur setlit, des moments d’improvisation pour lier le tout en un ensemble psychédélique et novateur. Les concerts de Pale Saints commencèrent alors à faire parler d’eux et à devenir de véritables moments planants, bien qu’encore balbutiant. Cette marque de fabrique ne les quitta pas, et fut même à la base du concept de leur premier album.
Une deuxième démo voit le jour en 1989, enregistrée au Woodhouse Studio à Leeds. Intitulée 'Barging Into The Presence Of God', on y retrouve : 'Introduction', 'She Rides The Waves', 'Colours And Shapes', 'Sight Of You' et 'Listen To Your Heart'. C’est cette démo qui circule parmi les labels, qui leur permettra d’être invité à faire leur premier concert à Londres, au Camdem Falcon, le 24 avril 1989, en compagnie d’un autre groupe prometteur : Lush. Dans le public, se trouvait Ivo Watts-Ru
ssel, plus connu pour être un des patrons du prestigieux label londoniens 4AD. Immédiatement sous le charme, il propose au groupe de signer sur sa structure. Ce que le groupe accepte volontiers, malgré la proposition de One Little Indian. Peu de temps après, Lush sera également signé sur le label, et feront partis tout deux, des effigies de 4AD au cours des années 90. A noter également au cours de cette période, des premières parties du groupe The Primitives.

Un premier EP sera produit, avec l’aide de Gil Norton (producteur des Pixies), qui reprendra notamment des anciennes démos qu’il retravaillera, ainsi que de nouvelles chansons. Appelé également « Barging into the presence of god », il sera vite classé parmi les productions shoegaze par le NME ou le Melody Maker. Figure le mélancolique « Sigh of you », qui reçu des récompenses, et qui sera repris plus tard par le groupe d’Oxford, Ride, lors d’une session radio.
Le style de Ian Masters commence à se faire remarquer et l’on commence à propager la rumeur d’un groupe à la musique commune à aucune autre, à la fois éthérée mais également expérimentale, tendance que confirme la sortie de « The comfort of madness », premier opus sorti en 1990. Dépassant le simple cadre d'une discordance entre ambiance lourde et lyrisme aérien, Pale Saints se tourne plus vers une esthétique arty, ralentissant et accélérant brutalement le rythme, incluant des bizarreries instrumentales et n’hésitant pas à couvrir la douce voix de Ian Masters. Les parties supplémentaires de guitares travaillées seront le fait de Ashley Horner, du groupe The Edsel Auctioneer, auquel appartenait Chris Cooper, mais aussi de Richard Formby (du groupe Spectrum). Une partie des chansons, issus des premiers maxi, seront produit par Gil Norton, les autres par John Fryer.
L’album est pressé en CD et en vinyls, dont certains se verront attribués une pochette limitée, avec posters, dont l’art work (un chat et des pétales de roses, imagerie très "vieille Angleterre") sera tourné en ridicule par certains qui les prendront pour des serviettes de thé gratuites ! Le concept sera poussé jusqu’au bout, puisque le groupe en offrira réellement à la sortie de leur deuxième album. La même année, tandis que quelques clips sont diffusés, le groupe entame une tournée européenne, en partageant l’affiche avec Lush. Ce qui permit également une autre anecdote. Les fly de concerts, dessinés par Vaughan Oliver, le graphiste attitré de 4AD (qui signa par exemple les pochettes des Pixies ou celle du célèbre « The Serpent Egg » de Dead Can Dance), firent enrager le groupe, à cause d’une référence ostensible à la défaite de Leeds, face à Sunderland, en finale de la Cup en 1971, Oliver étant fan de Sunderland, Cooper et Naymith, de Leeds.
Désespérés de chercher un deuxième guitariste, c’est Miki Berenyi, du groupe Lush, qui débloqua la situation. Sur ses conseils, le trio propose à Meriel Barham, ancienne chanteuse de Lush, de participer à quelques morceaux, ce qui donnera lieu à l’enregistrement du EP « Half-Life », alors qu’elle n’était pas encore membre officiel du groupe.
Par la suite sortira également le EP « Flesh Ballon » en 1991, dont on peut extraire une reprise de Nancy Sinatra, « Kinky Love », dont le clip montrera le groupe sur
un lit au milieu d’un champ. Le single fera une timide apparition dans les charts, puisque condamné à passer à la radio lors de l’émission « Transmission », diffusé à trois heures du matin !
C’est au cours de cette période que Pale Saints donnera quelques concerts en compagnie des Boo Radleys, avec qui le groupe collaborera, Meriel Barham prétant sa voix sur quelques morceaux de « Giants Step ».
C’est cette fois-ci Hugh John (un ancien producteur des Echo and the Bunnymen, dont le groupe était fan) qui sera appelé pour « In Ribbons », paru en 1992, et qui sera l’occasion de s’installer dans les charts indépendants. Deux versions sortiront. Celle sortie en Angleterre se verra ajouter d’un single, où figurent deux tributes par les Tintwistle Brass Band. L’autre version, américaine, fait figurer dans la track-list une reprise exceptionnelle du « Blue Flower » de Mazzy Star. Quant à l’album, il est incontestablement l’un des sommets du genre, bien qu’on ne pense pas à lui en premier lorsqu’il s’agit d’évoquer cette période. Plus maîtrisé et aux angles arrondis, il sera l’occasion de pousser les chansons jusqu’au sommet de la grâce. Le son sera beaucoup plus lisse et réussira à sublimer la magie et l’aura que dégage la musique du groupe, mais en sacrifiant peut-être la nervosité et les caprices des débuts. C’est ce compromis, que Ian Masters refusera d’assumer, ainsi que l’exténuement des tournées, qui le pousseront à changer d’air.
Le single « Throwing back the apple » fut donc le dernier où figure Ian Masters.
Orphelin de ce leader si fantasque et singulier, Pale Saints ne se désunit pourtant pas, et se fédère autour des personnalités forte de Meriel Barham ou de Graeme Naysmith. Le groupe recrute alors la canadienne Colleen Browne, bassiste des Heart Throbs. Le groupe enregistre en 1994, un EP, suivit de près par leur troisième album, « Slow Building ». Toujours sorti sur 4AD et toujours produit par Hugh Jones, l’album a du mal à se faire remarquer, notamment à cause de l’absence de Ian Masters. Des rumeurs de single se font sentir, mais rien ne fait surface. Epuisé par les concerts, notamment en compagnie de Cranes ou Lisa Germano, le groupe se sépare en 1997, laissant à jamais le regret de ne pas avoir vu plus longtemps la collaboration du groupe avec Ian Masters.

Celui-ci, trop à l’étroit, préfère se lancer dans une carrière solo, ainsi que dans de nombreuses collaborations. En 1994, sous le nom de Spoonfed Hybrid, il sortira sur 4AD le fruit de son association avec Chris Trout (de AC Temple). Un an plus tard, c’est l’album « ESP summer » qui sortira aux Etats-Unies, rassemblant des chansons dans un style épuré et mélancolique, écrites avec Warren Derrefer de His Name is Alive. Par la suite, ses projets musicaux deviennent plus flous, se limitant à quelques interventions dans des compilations étrangères, sous son nom ou sous des pseudonymes. Vivant depuis quelques années au Japon, Ian Masters vit sa retraite de doux-dingue tranquillement, sortant de sa tanière de temps à autre, en témoigne Windski ou son groupe Friendly Science Orchestra. Bref, un nouveau monde, totalement à part, dont les réminiscences du passé génial de ce personnage se font de plus en plus éparses. Mais il se tient prêt, dit-il, à faire à nouveau « de la musique douce destinée aux extra-terrestres ».
Et même si l’on regrette à jamais le charme perdu de son travail avec les Pale Saints, on attend l’arrivée des OVNIS avec impatience.

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